Les discours de l'UCMF




Discours de l'AG d'octobre 2003

Une formidable cohésion !
Qui peut expliquer que, durant 100 ans de cinéma, donc 100 ans de musique de film, jamais les compositeurs français ne se soient regroupés selon un principe durable et prometteur ?
Pas de syndicat, pas de fédération, pas de courants (dissidents ou complémentaires), pas d'existence collective, en fait, rien qui ne permette d'exprimer collectivement des souhaits, des états, des situations, bref, dégager les grandes lignes structurelles et les espoirs fondamentaux d'une profession indispensable au 7ème art.

Aujourd'hui, il est un fait que la naissance de l'UCMF démontre sans ambiguïté qu'elle remplit une fonction vitale : faire que notre profession existe. D'autant plus vitale que le compositeur de musique de film, de par sa personnalité, la nature de son travail, sa relation singulière à l'équipe cinématographique, ou tout simplement l'attitude solitaire ou recueillie nécessitée par la cause créatrice, aurait tendance à s'isoler parfois un peu trop. Or, nous l'avons vérifié, nous aimons parler de notre métier, de nos espoirs, de nos conquêtes ou de nos blessures et l'UCMF catalyse incontestablement cette appétence. Et, semble t-il, bien d'autres encore…

Lorsque je jette un bref regard en arrière et que je revis l'émergence de l'UCMF (il y a à peine un an), je me dis que nous avons fait un chemin particulièrement productif. Ne voyez aucune forfanterie dans ces propos, ni suffisance, il ne s'agit pas de cela ; je suis simplement troublé par le fait qu'une poignée d'entre nous ont fait l'UCMF. Car, s'il paraît évident de partir vers de nouvelles aventures, le réservoir plein de bonnes résolutions, l'esprit nanti des espoirs les plus fous, …très vite, les désillusions viennent tout doucement vriller l'engouement du départ. Seuls, les enjeux considérables d'une telle association et la satisfaction de partager, avec tous, les premiers degrés de la stabilité, maintiennent la trajectoire vers un cap parfois brumeux, mais plein de promesses.
Je le dis tout net : le destin nous a, pour l'instant, bien servi en réunissant ceux qui, par leurs personnalités complémentaires et leur disponibilité ont permis la construction et la maintenance de l'outil. Merci à vous tous qui avez mis la main à la pâte et permis d'atténuer les aspects les plus contraignants de notre bénévolat parfois très, très accaparant.
Notre programme était, rappelez-vous : Exister, Inciter, Expliquer.
Aujourd'hui, ses grandes lignes sont en application. Les racines ont germé.
Pour exister, il nous fallait prendre conscience de notre portée, de notre force.
Trente deux adhérents à la signature des statuts il y a un an, quatre-vingts cinq aujourd'hui… Le bouche à oreille a donc permis de nous rassembler et constituer un potentiel chaque jour plus conséquent.

Dès la naissance de l'UCMF, notre profession a été vue d'un autre œil. Parler d'une seule voix a permis de stimuler l'attention de nos interlocuteurs ; de nombreux liens ont été tissés avec des institutions comme le Ministère la Culture, celui de l'Education Nationale, la DMDTS, le CNC, le FCM, l'ARP, la FEMIS, le groupe 25 images, la CST, le Festival de Cannes, …). La liste est longue et vous la retrouverez dans le rapport de notre secrétaire général.
Désormais, tous nos interlocuteurs savent que nous revendiquons notre qualité du troisième auteur du film, ce qui, auparavant, ne paraissait pas toujours évident.

Nous avons ainsi pu entreprendre, lors de deux rendez-vous avec France Télévision, des discussions pour solutionner le délicat problème des bande-annonces. La balle est dans leur camp.
Avec le CNC qui, jusqu'à présent avait évacué, pour des raisons diverses, la plupart des aides concernant la musique de film, nous avons longuement débattu des modalités d'une aide quasi automatique concernant la musique de film et nous sommes arrivés à la rédaction d'un document cohérent. Depuis le début de nos relations, le CNC accorde une attention de plus en plus soutenue à notre requête qui vise principalement à valoriser la musique de film dans les budgets de production. Mais la situation est loin d'être réglée pour des raisons d'apport financier et de partenariat, questions pour lesquelles nous ne disposons pas de toutes les cartes… Il n'empêche que si, aujourd'hui, deux compositeurs siègent dans les commissions décisionnaires du CNC, c'est bien grâce à l'UCMF.
(…)
Les "dîners de l'UCMF" ont permis de rapprocher beaucoup d'entre nous qui ne se connaissaient pas (ou peu) et de les réunir avec des personnalités de la musique, du cinéma et de l'audiovisuel. Le potentiel d'échange constaté lors des 4 dîners précédents est important et nous allons bien sûr continuer.
(…)
Les tâches ne manquent pas, vous l'avez compris ; c'est plutôt le temps qui nous fait défaut pour courir sur tous les fronts afin de continuer nos actions. Nous sommes des artistes, nous gagnons notre vie grâce au droit d'auteur et à notre créativité, et je dois dire sans ce statut aussi précaire qu'accommodant, il ne nous aurait pas été permis de consacrer autant de temps à notre honorable association.
La foi est là et c'est le principal : grâce à tous ceux qui nous soutiennent et que par effet de ricochet, nous soutenons également, notre portée est, chaque jour, de plus en plus féconde….
Je terminerai en citant François Flahaut, philosophe contemporain :
"La vie en société n'a pas seulement pour objet de nous fournir les choses dont nous avons besoin. Elle a une autre fonction, tout aussi vitale : faire que les gens existent, tout simplement."
Grâce à vous tous, nous commençons à exister.
Gréco Casadesus
Président de l'UCMF - 20 octobre 2003


Discours de l'AG d'octobre 2004

Mes chers collègues, mes chers amis,

(…) Je voudrais évoquer combien la reconnaissance de notre existence, et l’efficacité de notre mouvement passe par un rapprochement avec les compositeurs d’autres pays. L’année dernière, à Auxerre, nos échanges avec les compositeurs espagnols furent riches d’enseignement et nous devons reproduire ce genre d’expérience. Nous y travaillons. Cette reconnaissance passe également par l’officialisation de notre profession dans le cadre des grandes manifestations cinématographiques. C’est la démarche que nous avons entamée afin que la musique de film soit un jour ou l’autre reconnue à part entière au Festival de Cannes. Il est en effet inadmissible que, même si des bribes musicales se font entendre de ci de là sur la croisette, nous ne disposions toujours pas d’un stand officiel, de compositeurs au jury (il y en a pas eu depuis 10 ans), d’un vraie ligne éditoriale de concerts et de conférences internationales, et, entre beaucoup d’autres choses, d’un prix de la musique de film (alors que le scénario lui, a sa place). Cannes est de surcroît le lieu par excellence pour les échanges internationaux, ce qui vient étayer ma précédente proposition.
(…)
Et, puisque je suis président sortant, ne sachant pas si je serais réélu, je voudrais remercier les deux conseils d’administration avec lesquels j’ai vécu des instants forts et productifs avec un clin d’oeil particulier sur les 4 membres les plus actifs du bureau sans lesquels nous n’aurions jamais pu concrétiser ce qui fut imaginé. Notre équilibre est précaire et l’accaparement de l’un d’entre nous kidnappé par une soudaine commande pose un grand problème de répartition des tâches. C’est notre faiblesse, mais également notre force, car cela signifie que nous sommes dans le réel et donc particulièrement représentatifs de notre profession.
Ce qui est essentiel.
Ma conclusion sera : en musique, une note isolée n’est jamais très convaincante. Par contre, l’association de plusieurs notes habillement mélangées interpelle l’oreille.
La comparaison avec l’UCMF est évidente ....
Je vous remercie de votre attention.

Gréco Casadesus,
Président de l’UCMF - 19 octobre 2004

L'édito de la brochure du festival de Cannes 2005

La brochure de l'UCMF Cannes 2005 présentée à Télé Matin (France 2)

Une expérience utile…
Faites une expérience : mettez la main derrière l'oreille, en pavillon, comme un coquillage. Tout devient plus clair, plus défini, plus présent. Retirez la : l'environnement reprend son ronron habituel, confondant ce que nous souhaitons confondre, ignorant ce qui ne nous convient pas.
Mais on ne peut vivre la main en pavillon....
Seules des circonstances exceptionnelles peuvent nous y amener pour interpréter de nouvelles résonances, identifier de nouvelles harmonies, préciser de nouvelles perspectives.
Le Festival de Cannes est une circonstance exceptionnelle.
A l'occasion de cette 58ème édition, c'est toute une profession que nous mettons en pavillon.
Pour mieux l'identifier, mieux l'interpréter, mieux la préciser, et ce faisant, mieux la mettre en phase avec ses racines : la musique et le cinéma.
L’avenir de ce couple né avec le siècle dernier est limpide car ces deux aimants sont difficilement dissociables. De ce fait, on les voit s'attirer très souvent, s'ignorer parfois, mais, différence significative avec le genre humain, se haïr très rarement.
Musique et cinéma, c'est donc une histoire d'amour. Et comme toutes les histoires d'amour, elles se répètent continuellement sans jamais se ressembler. A nous de vous raconter les plus belles, les plus secrètes, les plus prometteuses...


Discours d'inauguration du pavillon en présence de Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture.

Gréco Casadesus et Renaud Donnedieu de Vabres


Monsieur le Ministre, mesdames, messieurs,
(…)
La naissance de ce premier Pavillon International de la Musique de Film, que nous célébrons aujourd'hui, est à la fois symbolique et nécessaire : symbolique, car l'étendard de la musique de film devait ondoyer ici, et nécessaire pour réunir les compositeurs depuis longtemps égarés dans un festival effervescent, alors qu'ils disposent pourtant d'un statut particulier : celui d'être l'un des trois auteurs du film.
Monsieur le Ministre (nous l'avons constaté récemment lors des rencontres européennes de la culture que vous avez menées tambour battant, les 2 et 3 mai dernier), votre propension à rapprocher les sources les plus bigarrées de la créativité afin de permettre aux hommes de fusionner leurs imaginaires nous convient bien.
La musique de film ressemble à ça, car avant de créer une seule note, le compositeur de cinéma doit, pour traduire les intentions du réalisateur, assimiler et intégrer dans sa démarche créative une multitude d'éléments, qui n'ont, à priori, rien à voir avec le discours musical.
Et pourtant ...

(…) Aujourd'hui est donc une date importante, pour la Musique de film et le cinéma : votre présence à l'inauguration du premier Pavillon International de la Musique de Film, les distinctions d' Antoine Duhamel et Eric Serra, et la naissance d'une fédération européenne de compositeurs de musique de film, sont des marques enthousiastes honorant ainsi toute une profession qui les attendait depuis longtemps.
Monsieur le Ministre, mesdames, messieurs, au nom de tous les compositeurs, je vous remercie de vous y être associé aussi généreusement.
Cannes, le 16 mai 2005.

Cette journée musicale au festival de Cannes 2005 s'est poursuivie par une première historique dans l'histoire du festival : une montée des marches des compositeurs de musique de film.


Message d’un président ému...

Voici trois ans que l’UCMF fut constituée et que j’en assume la présidence. Trois ans passés avec une équipe formidable, à mettre en place tout ce qui pouvait l’être pour faire exister collectivement une profession, et surtout l’idée que le compositeur de musique de film doit être écouté et respecté. Trois ans à vivre intensément une aventure unique, riche de succès dont la plus flagrante réussite est d’avoir constitué une famille au sein de laquelle chacun peut enfin s’identifier.
J’ai récemment pris la grave décision de laisser ma place à un autre président : d’abord parce que je suis partisan des renouvellements qui évitent la sclérose, et aussi devant le constat incessant que chaque jour qui passe me posait la question cruciale d’un équilibre de plus en plus instable entre le temps consacré à l’UCMF et celui qui me restait disponible pour mes activités personnelles. Il faut dire également que le bénévolat a ses limites…

Les membres de l’UCMF, lors de l’Assemblée Générale du 19 octobre, ont décidé de me distinguer comme Président d’Honneur de l’UCMF et m’ont fait une ovation que je n’attendais pas ; je suis ému et je les remercie du fond du cœur : leurs témoignages fraternels me confirment que les efforts fournis étaient constructifs.
Réélu au Conseil d’Administration, je vais ainsi pouvoir suivre les travaux d’avancement de notre union. Notre nouveau président, Gilles Tinayre, a toute ma reconnaissance et je suis persuadé qu’il entreprendra de façon dynamique et cohérente les nombreuses tâches que l’UCMF doit accomplir. Je lui souhaite un mandat enrichi de nombreuses satisfactions.
Bien à vous tous.
Gréco Casadesus,
Président d’honneur et administrateur de l'UCMF - 22 octobre 2005